Sauvez votre peau! Devenez narcissique par Fabrice Midal

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Sauvez votre peau! Devenez narcissique par Fabrice Midal, 192p., Éditions Flammarion, 17,90€

 

 

Résumé

 

Vous avez l’impression de vous sacrifier pour les autres.
Vous avez le sentiment de vous exploiter, de vous maltraiter.
Vous n’osez pas dire non.

 

«Dans ce livre, je propose une toute nouvelle interprétation du mythe de Narcisse, qui n’est nullement cet homme coupable de ne penser qu’à lui, mais l’être qui apprend à se rencontrer, à se respecter, à se faire confiance.
Contrairement à une illusion tenace, c’est en étant narcissique, en étant en paix avec soi, que nous pouvons développer un rapport authentique aux autres, sans les prendre de haut ni se rabaisser soi-même.
Comme moi, sauvez votre peau, devenez narcissique!»

 

Biographie

 

Philosophe et écrivain, Fabrice Midal est l’un des principaux enseignants de méditation en France. Il a publié de nombreux livres à succès.

 

Mon avis

 

« Nous ne savons même pas nous respecter: nous nous méprisons sans toujours nous en rendre compte. Nous sommes durs avec nous-mêmes, bien plus durs que nous oserions l’être avec quiconque. Nous ne nous écoutons pas et nous attendons de l’autre qu’il nous écoute. Nous ne trouvons pas la paix en nous, et nous en voulons aux autres de ne pas nous foutre la paix, ni nous apprécier. Mais est-ce que nous nous foutons nous-mêmes la paix? Nous nous écrasons et nous écrasons les autres, sans même nous en rendre compte. Même quand nous nous prétendons habités par l’esprit du sacrifice. »

 

Après l’immense succès de Foutez-vous la paix! Et commencez à vivre, Fabrice Midal nous revient avec son nouvel ouvrage Sauvez votre peau! Devenez narcissique qui nous fait, une fois de plus, énormément de bien. À travers une lecture renouvelée de Narcisse, Fabrice Midal nous démontre une autre définition du narcissisme, qu’il qualifie d’acte de regarder en soi et de s’aimer, avec ses qualités et ses défauts. Cela ne veut nullement dire se regarder le nombril, mais bien être en paix avec soi. L’auteur nous explique que l’on a tendance à se sous-évaluer et nous donne des pistes pour cesser de le faire.

 

« Pour aimer une personne, je dois prendre le temps de la découvrir. Et accepter de ne pas l’aimer juste pour une raison précise – parce qu’elle a un joli nez, sait résoudre des mots croisés ou a tel ou tel trait de caractère. Je l’aime sans raisons, au-delà de l’intellect et de la raison. Pourquoi en serait-il autrement avec moi-même? » Ce passage m’a fait énormément de bien. Il m’a fait voir l’amour de soi autrement, comme une évidence. J’ai toujours eu tendance à être très dure avec moi-même, à attendre beaucoup de moi, à ne pas hésiter à être déçue de moi lorsque je rate une chose et à ne pas me féliciter lorsque je réussis. Ce paragraphe m’a aidé à comprendre à quel point je me maltraitais. Et m’a donné envie que cela change sur le champ. Si on sait aimer une personne juste pour ce qu’elle est, juste parce qu’elle est, pourquoi n’a-t-on pas appris à faire de même avec nous-mêmes? J’ai adoré l’une des idées de l’auteur qu’il a un jour suggéré d’appliquer à un homme: imaginer une personne que l’on aime et lui souhaiter tout le meilleur. Ensuite, faire exactement la même chose avec notre propre personne. À cette expérience, j’ai senti mes poumons se relâcher.

 

Le narcissisme guérit.

 

Fabrice Midal nous démontre enfin que le fait de prendre soin de soi (se maquiller ou se mettre du vernis à ongles par exemple) n’est pas incompatible avec la spiritualité. « Nous sommes en raison de notre histoire, imprégnés de l’idée de l’incompatibilité entre la beauté de l’âme et celle du corps, l’une faisant obligatoirement de l’ombre à l’autre. Curieuse idée… »

 

Avec une plume simple et posée, Fabrice Midal nous offre une lecture extrêmement libératrice qui nous invite à revenir à nous-mêmes et à poser sur soi un regard neuf, empli d’amour. Touchant pile là où il le fallait quelques unes de mes zones sensibles, cette lecture m’a enrichie, ouvert les yeux et emplie d’enthousiasme!

 

À partir de l’amour que j’ai pour moi, je serai désormais plus vigilant. Même si je sais déjà que je ne serai jamais parfait: la vie est trop complexe pour nous permettre d’être en permanence irréprochables.

 

Liens utiles

 

 

 

 

Je vous remercie d’avoir choisi de lire cette chronique. À bientôt!

Capture

 

 

 

 

Marque-page, signet, pierre naturelle

 


6 réflexions sur “Sauvez votre peau! Devenez narcissique par Fabrice Midal

  1. Fable ironique sur le mythe naïf fondateur du bouddhisme …

    Le yoga de la liberté en saṃsāra

    Dans la série « les sūtras apocryphes » : le yoga de la liberté en saṃsāra
    Un vieux sage (ils sont souvent vieux dans les contes, cela fait plus sage) avait depuis longtemps compris que la « liberté commune » n’était qu’illusion propre aux êtres immatures. Sa longue expérience méditative l’avait d’abord « libéré », au sens spirituel, de ses illusions pubères, puis lui avait ensuite appris à cultiver la philosophie de la liberté vraie. Il reçut un jour la visite d’un adolescent fougueux en quête de « liberté ».
    « Oh, maître, enseigne-moi la voie vers la liberté ! ».
    Le vieillard l’invita à s’armer de volonté et de patience puis lui proposa une technique ardue et rigoureuse qu’il présentait comme infaillible. Voici la voie en dix points, lui dit-il. Ecoute-moi bien et applique strictement chacun des principes suivants.
    1. Ferme les yeux et concentre-toi sur ta structure cérébrale (ce sage était aussi le précurseur des neurosciences). La vois-tu de manière nette et précise ? Oui ? Passons alors au point suivant.
    2. Recense, un à un, tous tes neurones, sans en omettre. Combien en comptes-tu exactement ? … Bien.
    3. Essaie maintenant de ne plus les voir un à un mais tous en même temps. Y arrives-tu ? … Parfait.
    4. Recense maintenant toutes tes connexions synaptiques. Elles sont bien plus nombreuses, comme tu le vois.
    5. Observe-les toutes simultanément. Décèles-y la moindre action.
    6. Tente maintenant de prendre le contrôle d’une information entre deux neurones. Pas facile ! Y parviens-tu ? Oui ?
    7. Prends maintenant le contrôle absolu de l’ensemble de tes connexions synaptiques, sans rien laisser t’échapper.
    8. Conserve ce contrôle total et maintiens-le indéfiniment sans faiblir.
    9. Tu réussis cet incroyable exploit et te persuades maintenant être enfin « libre ». Tu ne l’es pas encore…
    10. Etape ultime : « Ne m’obéis plus! C’est un ordre ! »

    Le jeune homme ne réussit jamais à franchir cette dernière étape. Mais cet échec le libéra de ses illusions. Cette expérience initiatique lui permit d’accéder enfin à la maturité. De nombreux autres adolescents tout aussi fougueux et épris d’une liberté tout aussi illusoire vinrent à la suite visiter le sage. La plupart échouèrent à la première étape et aucun ne franchit jamais la dernière.
    « L’illusion de liberté est la pire des chaînes », conclut le sage à chacun de ses visiteurs.

    Pour l’anecdote … Le jeune Siddhârta rendit un jour visite au sage (déjà vieux donc !) et échoua comme les autres impétueux. Cet arrogant jeune homme (« omniscient » autoproclamé … comme le scande le dogme) vécut très mal cet échec, que son narcissisme pathologique (après une éducation aussi tordue, point étonnant) ne put supporter.
    En pleine décompensation psychique, il finit par s’effondrer, en prise à des crises de délire, sous l’arbre de la bodhi. C’est là qu’il conçut sa théorie illusoire et schizoïde mais très soporifique de la « coproduction conditionnée » … dans laquelle toute allusion à la structure neuronale avait entièrement disparu.
    Abracadabra ! Finie la dépression, bonjour la schizophrénie … et la joie puérile enfin retrouvée.

    Au départ, ce petit texte était destiné aux libertariens pubères (pléonasme) de tout poil.
    Il constitue toutefois une distraction philosophique à portée de tous.

    Les défenses narcissiques poussent souvent le lecteur à se focaliser sur la dixième injonction.
    Le déni aide à ne pas se pencher sur les neuf précédentes qui bousculent l’ego dans sa prétention à être le maître absolu du corps propre, lequel n’est par ailleurs que construction psychique illusoire … cette notion de construction psychique illusoire, l’ontologie de la vacuité la cerne relativement bien.
    Pour le reste, le bouddhisme reste relativement naïf, surtout sa version tibétaine, laquelle tient plus du folklore que de la philosophie.

    Juste pour rire du bouddhisme et des techniques de méditation à la première personne récupérées par la mode bobo. 🙂

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  2. La liberté : un processus nouménal

    Cela dit, la conscience n’en devient pas pour autant un épiphénomène.
    Certaines informations contenues a priori au niveau de la conscience peuvent influencer a posteriori le fonctionnement cérébral, puis indirectement les processus du langage.

    Par exemple …
    Considérons l’info selon laquelle « je ne suis pas conscient directement de mon cerveau (structure neuronale arborescente) mais d’autre chose (sensations, idées …) », autre chose corrélée certes au cerveau mais nettement « autre ».
    Qui ne serait pas convaincu de cette distinction peut s’aventurer à demander à son boucher « 500 grammes de conscience de mouton ».
    Cette info première née à la conscience ne participe pas au départ, par définition, du cerveau lui-même puisqu’il s’agit manifestement d’autre chose.
    Si la conscience se réduisait à un épiphénomène, cette info ne pourrait jamais être communiquée ultérieurement au cerveau pour finir par apparaître dans le présent texte. Lapalissade.

    Il existe ainsi une interaction coercitive à double sens entre le cerveau (phénomène physique) et la conscience (non physique).
    Ce processus énigmatique ne se trouve ni « dans le cerveau », ni « dans la conscience ».
    Il ne se trouve pas « quelque part ».
    Il s’agit d’un être nouménal sans forme ni position.

    La conscience elle-même ne se trouve pas « quelque part ». Elle n’est pas « dans le cerveau ».
    Sa relation au cerveau n’est pas métrique, contrairement aux êtres physiques, qui entretiennent entre eux des relations métriques pour constituer l’univers.
    La conscience peut éventuellement présenter des êtres ayant une forme (sensations visuelles, notions de géométrie …) mais ces êtres ne sont pas « dans le cerveau » (lequel baigne dans l’obscurité de la boîte crânienne).
    Les formes présentes à la conscience ont également une structure nettement différente de la structure synaptique à laquelle elles sont corrélées. Cette info consciente ne participe pas non plus a priori de la structure neuronale, elle y apparaît plus tard, intégrée alors aux processus de communication.

    Les êtres physiques ont une forme et une position (notions qui se complexifient en physique quantique).
    D’autres êtres ont bien une forme mais pas de position (les formes subjectives conscientes).
    D’autres êtres n’ont ni forme ni position. C’est le cas de la relation « cerveau/conscience », relation extrêmement complexe, bien plus complexe que l’intelligence consciente, d’une part, et que l’intelligence neuronale, d’autre part.

    Cette interface nouménale ne peut être abordée par les techniques d’exploration physique de l’univers ou du cerveau, elle n’est pas physique.
    En se focalisant sur le seul cerveau, les neurosciences actuelles restent à un stade très grossier et peu scientifique.

    Ces neurosciences d’aujourd’hui sont aux sciences cognitives (non limitées à l’aspect physique réducteur du cerveau) de demain ce que la mécanique auto est à la thermodynamique. Une distraction anecdotique.

    La liberté humaine se manifeste au cœur de cette relation nouménale extrêmement complexe (et largement inconnue des sciences cognitives), relation qui joue, à double sens, des coercitions du cerveau vers la conscience et de la conscience vers le cerveau.

    Les neurosciences matérialistes se focalisent sur le cerveau et, comme Spinoza, engluent le libre arbitre dans le déterminisme naturel de son fonctionnement (comme présenté dans la fable humoristique du vieux sage).

    La méditation à la première personne (comme dans le bouddhisme) s’enferme dans la prison intérieure des phénomènes purement subjectifs … et se voit acculée à poser des dogmes réducteurs (comme la coproduction conditionnée, la théorie des agrégats et autres élucubrations) pour sauver la mise.
    Dogmatisme et obscurantisme anachroniques.

    La voie est « ailleurs » … en réalité, elle n’est pas « quelque part » mais elle est.

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  3. Narcissisme et processus d’identification

    Pour revenir au narcissisme, l’initiation spirituelle bouddhique authentique insiste fortement sur la libération du méditant par rapport aux puissants et naturels « processus d’identification ».
    Les techniques de libération associées se résument par la célèbre réalisation consciente « je ne suis pas ceci, je ne suis pas cela ».

    La religion tibétaine, plus folklorique que philosophique, reste fortement éloignée de tels fondements essentiels et présente de graves lacunes.
    Cette mode tibétaine, instrumentalisée et promue par le gouvernement US pour raisons idéologiques et stratégiques contre la Chine communiste, constitue une version particulièrement frelatée du bouddhisme philosophique initial.

    Mais les fondements du bouddhisme recèlent dès le départ des aberrations.
    D’abord un amalgame grossier entre les notions d’ipséité, d’identité et d’identification.

    L’ipséité est un fait observable premier et ne peut être annihilée par l’éveil.
    Sinon, l’éveil d’un seul se transmettrait instantanément à tous les êtres. Donc depuis l’éveil de Siddhârta, tous les êtres seraient éveillés et le bouddhisme n’aurait aucune raison d’être.

    L’identité est un processus psycho-mental fortement influencé par les illusions des sens et les processus cognitifs qui découpent le champ phénoménal en objets (au sens large).
    L’identité personnelle d’un individu est un volet de ce processus global. Sa définition reste fortement arbitraire et instable.
    Les processus psychiques d’identification (« je suis ceci ») ont une fonction pratique existentielle mais sur le plan philosophique, ils relèvent de l’illusion et de l’enchaînement arbitraire.
    La libération permet de ne plus identifier l’ipséité à un contenu quelconque : ni le corps propre, ni la conscience, ni les traits de personnalité, etc.
    L’hindouisme inclut ces processus d’identification aux illusions de la maya.

    L’écueil égotique sournois consiste ici à s’identifier au tout : la récurrente erreur de certaines dérives, surtout celles vendues aux Occidentaux, résumée par la croyance selon laquelle le « soi individuel » se fondrait dans un chimérique « Soi cosmique » ou autres fantaisies.

    Grâce à la libération vis-à-vis des processus d’identification, il n’y a plus de considérations philosophiquement erronées comme « soi » ou « Soi » et encore moins d’identification fusionnelle de l’un à l’autre.
    Ces notions sont considérées comme des constructions mentales illusoires.
    Le méditant qui s’identifierait au tout commettrait une erreur aussi naïve que de s’identifier au corps propre.
    Là n’est pas l’éveil.

    Mais cette libération ne remet pas en cause l’ipséité, laquelle reste un fait premier de toute conscience incarnée, laquelle est connectée à un cerveau et non à un autre, d’une part, et se distingue immanquablement des autres consciences (éveillées ou pas).
    La cessation des processus d’identification n’y change rien.

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  4. La crise d’adolescence se dispense de méditation

    Ainsi, en théorie, l’éveillé bouddhiste ne s’identifie à son propre personnage d’incarnation ni plus ni moins qu’aux autres personnes de son entourage. En pratique, au quotidien, il est quasi impossible de réaliser une telle absence d’identification.
    Dans la relation altruiste commune, il y a développement empathique de processus d’identification envers l’autre.
    Il ne s’agit donc pas d’une libération.

    L’altruisme bouddhique théorique se réduirait ainsi à la seule aide envers autrui dirigée vers l’atteinte de l’éveil (et certainement pas pour les petits soucis quotidiens, consécutifs de l’enchaînement psychique aux phénomènes).
    Cette problématique a d’ailleurs donné naissance à la voie du boddhisattva qui ne cherche son éveil individuel que dans l’optique de mieux aider tous les êtres à l’atteindre. Il s’interdit dès lors la libération finale individuelle pour renaître afin de libérer les autres êtres.
    Ce dogme sent un peu trop le bricolage ad hoc que pour ne pas deviner que cette croyance dogmatique en la libération post mortem relève plus de la bigoterie religieuse que d’une quelconque initiation.

    Une injonction comme « devenez narcissique » ne trouve pas sa source dans la philosophie bouddhique de l’éveil.
    D’abord du fait que la cessation des processus d’identification ne peut fonder ni une préférence narcissique envers son propre personnage, ni un sacrifice altruiste de son propre personnage au profit d’un autre. Les processus d’identification y sont éteints, envers soi ou envers autrui.

    Par ailleurs, dans toute initiation spirituelle, bouddhique ou autre, le sage est supposé atteindre un état psychique d’équanimité.
    Dans un tel état d’équanimité, la psyché ne se trouve pas dans une relation de préférence ou d’amour.
    Ce qui « grandit » n’y a pas plus de valeur que ce qui « rapetisse ».
    Ces jugements qualitatifs sortent du cadre de l’équanimité et enchaînent aux illusions de la maya.

    Cette mise en évidence du narcissisme constitue la énième réaction épidermique d’un Occident bourgeois qui peine à se libérer des vieux fantômes de l’austérité religieuse dogmatique.
    Une crise de puberté tellement prévisible chez le jeune qui a subi longuement un pouvoir parental autoritaire et abusif.

    La mode bobo passe ainsi en revue, depuis mai ’68, tous les cadenas moraux imposés durant des siècles par l’autoritarisme religieux.
    La crise pubère et ces gesticulations aussi caricaturales que convenues expriment-elle une quelconque maturité ?
    Poser la question y répond.

    Couper les techniques orientales de méditation, importées au nom de l’exotisme et au service du marketing bobo, de leur contexte philosophique pour les cuisiner à la sauce individualiste du développement personnel (« ce qui me grandit ») aboutit un jour ou l’autre à une telle injonction pubère : Devenez narcissique.

    Vivement la fin de cette mode bobo du développement personnel !
    Les ados cinquantenaires, à la mode Dolto, ça commence doucement à sentir le réchauffé.

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  5. Philosophie de la liberté ou néo-bigoterie ?

    Cette mode du « moi-je » fut agitée ici par la révolution socio-culturelle de ’68, puis nourrie par l’importation systématique de tout l’éventail des zozoteries made in California, du new age aux superstitions de neurosciences de Benjamin Libet, et elle atteint son comble aujourd’hui dans les modes omniprésentes du développement personnel et de la bonheurologie. Il ne manque plus au tableau que le sourire niais du surfer de la côte ouest … mais les marchands de bonheur y travaillent.

    Cette mode marketing tente vainement de s’orner des oripeaux de la philosophie, des théories frelatées des neurosciences et parfois, comme ici, de l’une ou l’autre tradition orientale comme la méditation, pour finir par se perdre inéluctablement en tentatives maladroites de rationalisation.
    Mais il n’y a là aucune justification philosophique à ces compulsions prévisibles, sinon la réaction obligée à des siècles de répression aveugle des instincts par un autoritarisme patriarcal d’inspiration historique religieuse.
    Réaction pulsionnelle récupérée et entretenue par le marketing d’une société tournée hypnotiquement vers le consumérisme et le dictat du « toujours plus », la nouvelle loi (labellisée abusivement laïque alors qu’il s’agit bien d’une manifestation religieuse classique).

    Prendre obsessionnellement le contre-pied des interdits religieux, comme le narcissisme face à l’altruisme, relève-t-il de l’expression de la liberté ou de nouvelles formes de bigoterie en miroir de celles du passé ?
    Comment se développe la liberté, en obéissant à la loi ou en lui désobéissant selon un mode si carré et prévisible que cela en devienne une nouvelle loi, verso de la première au recto ?

    La liberté véritable transcende les dualités, les lois et les anti-lois.

    L’être libre n’est ni pour l’altruisme, ni pour le narcissisme, ni pour aucun « -isme ».
    L’être libre est et vit.

    Le narcissisme ici et l’obligation individualiste absolutiste, selon une mode plus répandue, d’atteindre le bonheur et le « développement », de viser par une monomanie simpliste « ce qui grandit » (comme si l’on ne pouvait « grandir » tout autant sinon plus au travers de l’altruisme !) deviendrait aujourd’hui la nouvelle loi.
    Nulle lueur de liberté ou de philosophie en ce nouveau dogme, reflet si attendu de l’idéologie individualiste consumériste ambiante que le texte l’exprime explicitement : « accomplir ce qui me grandit ».

    On est loin ici de la recherche de l’équilibre et du juste milieu des traditions orientales, auxquelles les techniques méditatives ont été dérobées au siècle dernier mais sans leur mode d’emploi philosophico-spirituel.
    La méditation, récupérée par la mode du développement personnel (« méditation de pleine conscience » et autres distractions schizoïdes), serait ici mise au service de la loi consumériste très occidentale du « toujours plus » et du « moi-je ».
    Sans la moindre surprise.

    Ce nouveau dogme s’éloigne tant de la liberté pour s’enfermer dans une nouvelle forme de loi autoritaire … que le titre est conjugué au mode impératif ! Révélateur et amusant.

    Cette succession banalisée des modes est devenue si mécanique que l’on s’attend déjà à la réaction future, celle d’un « stoïcisme revival » ou d’une exaltation de la mentalité militaire ou autre élucubration grégaire.
    Toutes ces « lois fashion » sont bricolées de surcroît selon un plan stratégique très réglementé, établi par le monde de l’édition.
    Reste à savoir quand ce business post ’68 commencera à perdre en rentabilité pour voir apparaitre ce « néo-stoïcisme », qui deviendra la nouvelle loi, propagée à grand fracas par le marketing de l’édition et répétée hypnotiquement par les réseaux sociaux.
    Liberté où es-tu ?

    Pour terminer par un retour aux traditions orientales dont sont issues historiquement ces techniques méditatives …
    La théorie des gunas verrait d’un œil assez critique cette mise en exergue, typiquement « consumérisme occidental », des tendances rajasiques (le toujours plus, « ce qui grandit » …) prioritairement au sens de la mesure et de la tempérance des visées sattviques, visées libératrices dont participaient initialement les techniques méditatives.

    Le tantrisme constitue déjà historiquement dans son ensemble une telle réaction prévisible, consécutive d’un passage prématuré et forcé chez le méditant des manifestations rajasiques pulsionnelles aux préoccupations sattviques, moins valorisantes pour l’ego … ce bon vieux Narcisse.
    La philosophie hindoue considère bien toute la difficulté de la voie spirituelle pour l’individu plongé au cœur d’une société fondamentalement matérialiste et voit ainsi le tantrisme comme un clin d’œil obligé de Shiva aux égarés de ce monde déspiritualisé, pour qui le stade sattvique constitue encore une marche insurmontable.
    Ce n’est donc pas demain que Narcisse atteindra l’éveil, surtout en Occident … mais rien ne presse. Chaque chose en son temps.

    Tout ceci reste malgré tout si dénué de surprise et de liberté authentique.

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  6. Le bouddhisme authentique s’oppose radicalement au mythe de Narcisse pour deux raisons fondamentales.

    1. Vacuité des phénomènes.
    D’abord, toute construction, qu’elle vienne directement des processus sensoriels ou indirectement de leur interprétation par le mental, reste pure illusion. C’est la doctrine de la vacuité en bouddhisme qui rejoint la notion d’illusion de la Màyà dans l’hindouisme, voie initiale de Siddhârta.

    2. Vacuité du soi.
    Ensuite, le bouddhisme étudie les processus psychiques naturels d’identification. Eux aussi sont erronés.
    On pourrait prendre ici l’image d’un enfant qui joue à un jeu vidéo et s’identifie au personnage du jeu guidé par sa console : Super Mario. Dans un but d’efficacité dans le jeu, cette identification abusive (l’enfant n’est pas Super Mario en réalité) améliore toutefois les performances et garde une utilité indéniable.
    Mais le bouddhisme cherche l’éveil et non les performances existentielles (ça, c’est plutôt le marketing du développement personnel). Le corps du méditant reste aussi illusoire que celui du jeu vidéo.
    L’éveil passe ainsi par la technique du « je ne suis pas ceci », laquelle se poursuit du corps propre aux illusions du mental plus psychologiques : la personnalité psychologique. « Je ne suis pas cela ».
    Cette technique de désidentification (je ne suis pas ceci, je ne suis pas cela) vise à vider le concept de soi de tout contenu substantiel.
    Ce contenu se montre d’autant plus illusoire qu’il est fluctuant, « impermanent » (comme le reflet du mythe).

    Inviter le méditant à s’identifier à sa propre image (en détourant de manière fantaisiste le mythe de Narcisse) constitue sans doute un exercice de style acrobatique, littérairement louable voire intéressant … mais cette démarche s’oppose radicalement à la double doctrine de la vacuité du bouddhisme.

    La mode occidentale de récupération des doctrines et techniques orientales, comme la méditation issue de l’hindouisme puis du bouddhisme, pour les mettre au service du développement personnel made in California constitue évidemment la source d’un business florissant, profitant de l’absence de repères du citoyen contemporain.

    Extraire ces techniques méditatives de leur contexte philosophico-spirituel oriental pour en faire l’instrument de la mode consumériste du « moi-je » rendra sans doute service à certaines personnes en crise narcissique, crise consécutive de leur impossibilité conjoncturelle à atteindre les objectifs autoritaires fixés par le marketing : réussite professionnelle, critères imposés sur l’apparence, performance et réussite personnelle dans tous les aspects de la vie, etc.
    Comme dans le jeu vidéo, l’identification abusive au personnage principal augmente bien les performances, « augmentation » à la mode et poussée à son paroxysme par l’idéologie transhumaniste de « l’homme augmenté ».
    Lapalissade.

    Mais là n’est la finalité ni du bouddhisme, ni de la méditation, laquelle sont au contraire au service des techniques de désidentification et de libération des illusions sensorielles et mentales.
    La voie ne consiste pas à s’identifier à sa propre image, ni à l’améliorer pour répondre aux dictats de la mode et du marketing, encore moins à l’augment pour répondre à un besoin de performances poussé à l’extrême.

    La voie consiste au contraire à réaliser que :
    ces dictats de performance sont illusoires, le moi est illusoire, son corps propre est illusoire, sa propre image (dans le « miroir », qui symbolise dans le mythe l’insubstantiel reflet de soi-même dans la psyché personnelle) est illusoire.

    Le marketing exacerbe les processus d’identification pour rendre le consommateur exclave de ses illusions.
    Le bouddhisme au contraire est une voie de libération des illusions, qui cherche à désamorcer toute l’importance surfaite que le mental accorde abusivement à sa propre image et à soi-même. La vacuité du soi.

    Ce mythe de Narcisse ici revisité s’inscrit bien dans la mode californienne et occidentale du développement personnelle.
    Mais là n’est pas la voie de libération enseignée par le bouddhisme.

    Élémentaire, mon cher Watson !
    Le business de Fabrice Midal relève bien de la mode californienne du développement personnel
    Mais il n’a rien à voir avec la voie de libération enseignée par le bouddhisme.

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